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De la bouteille sans une ride – FAVJ

Déboulé armé jusqu’aux dents, Patrick Adler a fait se bidonner une centaine de personnes samedi dernier au Casino du Brassus. Son spectacle « Même pas changé », coproduit par Renovotel SA, l’Hôtel-restaurant de la Lande et le village du Brassus, a donné dans le mordant. Du grand art distillé par un jeune homme de 52 balais qui a oublié d’être méchant.

« Si on m’avait dit qu’un jour, je jouerai au Brassus… »: cette petite phrase lancée en cours de bouffonnerie pourrait sembler lourde de sens si l’on ne connaissait pas le parcours humoristique de Patrick Adler.

« Des Champs-Elysées » de Drucker le Dinosaure à « Rien à cirer » de Laurent Ruquier en passant par « La classe » du Professeur Fabrice, Patrick Adler a tâté de la télé ou de la radio avec la même verve. S’en est suivi un retour au one-man-show. Première partie d’Hélène Ségara au Palais des Sports de Bercy, virées à l’Olympia ou au Zénith, le bougre a brulé les planches avant de faire une incursion dans le théâtre de boulevard et de revenir sur scène avec deux spectacles « Adler brise la glace » et « Même pas changé ». Une sacrée aventure au demeurant.

Dans l’univers impitoyable du show-biz où les carrières se font aussi rapidement qu’elles se défont, il faut être teigneux ou truffé de talent pour ne pas passer à la trappe à la vitesse de Guy Léclair.

Au regard de sa longévité, cet ancien prof d’allemand et d’anglais semble donc répondre à ces deux critères. Écumer les petites salles de province ou les croisières n’a dès lors rien de déshonorant surtout quand l’on aime son boulot… et qu’il y a, au sens propre, du monde au balcon.

Ah! Le public… Patrick l’adore. Particulièrement en ragout. Il se délecte de la Frisée venue sans ses lardons, du couple qui s’est connu à « Tourner Manège » ou de la dame qui a loué sa robe pour la soirée et qui a prêté la housse à sa copine. En bref, c’est qu’on appelle nouer le dialogue en langage adlérien.

Ceci dit et bien dit, le bonhomme s’attaque à une galerie de personnages le couteau entre les dents. Tous ceux qu’il a côtoyés de près ou de loin, entre-vus au détour de shows ou d’émissions télé ou profilés au coin d’un bar. En 20 ans de carrière, ça fait du monde. Du beau, c’est moins sûr… quoique.

A grand coups d’imitation, cette tranche de vie conjuguée tronches de cake vous donne un joli aperçu de l’élite culturelle française et du PAF. Dans le baba, ils l’ont, les Brigitte Fontaine, Raphaël, Jeanne Moreau et autres Daho.

Côté bons mots et comique caustique, ça brocarde, façon féroce. Même la Tortue y passe. Au même titre d’ailleurs que les incontournables émissions people qui font les beaux jours de la ménagère de 40 ans. Sans oublier Suzanne Boyle, Benoît XVI et Paul le Poulpe (ne cherchez pas le rapport, il n’y en a aucun à notre connaissance).

En bref, Patrick Adler ratisse large et manie la binette avec l’art consommé du pro qui a roulé sa bosse. Longtemps qu’on avait pas vu ça à l’heure où l’on lisse à coup de masse.

Venu au Brassus « à la découverte des Trolls et pour se gaver de chocolat », Patrick Adler aura laissé de la France une trace comme on l’aime : gouailleuse et joyeusement gauloise.

Une incursion fugitive certes, mais comme il le dit si bien « si Noël est passé, les dindes sont restées ».

Un article d’Alex Charmey pour la Feuille d’avis de la Vallée de Joux du 21 Février 2011.

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