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Depardieu, ça fait combien ? – TAK.fr – 12 décembre 2012

Article posté le 12 décembre 2012 sur le site TAK.fr : Depardieu, ça fait combien ?

Gérard Depardieu choisit le plat pays qui n’est pas le sien.

Gérard Depardieu choisit le plat pays qui n’est pas le sien.

À ma droite : Gérard Depardieu, bon vivant, poids lourd du cinéma et de la provocation, roi de pique à l’adresse de tous ses contrevenants, qu’ils soient journalistes, politiques ou simples quidams. À ma gauche : Michel Collucci, alias Coluche, bon mort, poids lourd de l’humour et de la générosité, père-fondateur et roi de cœur des Restos du même nom.

Depardieu et Coluche

Deux origines semblables, deux parcours réussis et, au bout, deux destins. Tragiques. Quand l’un est renversé en moto, trouve subitement la mort et nous laisse orphelins et abattus, l’autre perd juste le contrôle de son engin, aidé en cela par 1,8 gramme de « Mort subite » dans le sang qui, pour autant, ne le fera pas mettre en bière. Il est groggy mais vivant et nous laisse pantois, agacés, désemparés. À croire parfois que Dieu ne brasse pas que de l’air là-haut …

Quand l’un nous ravitaillait jadis à coup de vivres, de denrées de première nécessité, l’autre nous abreuve aujourd’hui de superflu, à coup de frasques, de déclarations gênantes (comme celle qu’il fit à sa propre fille Julie lors de la cérémonie des Césars), d’insultes (Martine Aubry, Juliette Binoche et Isabelle Adjani en ont fait les frais).

J’en connais un qui, là-haut, doit avoir honte à en perdre sa salopette et son nez rouge et mourir (une deuxième fois) de lui dire : « Gérard, il faut que je te parle ! »

Où est-il le gamin de Châteauroux qui avait su prendre à temps l’ascenseur social et s’engager vertueusement dans l’art, en acceptant les coups de fouet d’un maître Cochet qui l’aima et le révéla. Quid des rencontres déterminantes au cinéma, qui le hissèrent au rang de star planétaire du 7e art ? Duras n’a plus qu’à ranger son Camion, Pialat rendre à Satan son soulier, Godard lui dire d’un air de commisération Hélas pour toi, Resnais rappeler son Oncle d’Amérique, Blier préparer ses mouchoirs, car ce gros Buffet froid qu’il est devenu ne pense qu’à jouer aux Fugitifs.

Adieu Depardieu

Comprendre Depardieu revient à pisser dans un violon ou, comme lui, dans une bouteille en avion. Car, tel l’Albatros de Baudelaire, Gérard est apparemment plus à son aise dans les airs. Tant qu’il peut décoller. Car il n’est qu’à voir l’évolution de ses régimes, suivis avec trop peu d’assiduité, pour craindre qu’il ne reste un jour définitivement sur le tarmac.

Et pourtant, il n’aime rien tant que voyager, notre Gégé national. Et avec lui, chacun sait que c’est un peu de la France qu’il vend. Mais à quel prix ? Rien ne l’arrête, pas même son image, qu’il ne maîtrise même plus, tant elle est entachée d’amitiés suspectes – il offre aussi bien ses services à Fidel Castro qu’à Islam Karimov ou Ramzan Kadyrov.

Il y a belle lurette qu’il ne fréquente plus les miroirs, c’est dire à quel point il ne veut plus voir. Il ne sent plus non plus, mais comme l’argent n’a pas d’odeur, le toucher lui suffit amplement. Il n’aime rien tant que palper, saisir, toucher, sérier, utiliser, consommer. À satiété. Avec sa carcasse d’ogre, les Petits Poucet comme les cailloux se dispersent.

Sauvez la Gaule !

Aujourd’hui, à l’instar de son compère Astérix-Clavier, notre Obélix-Depardieu a choisi de quitter cette Gaule qui l’a nourri – grassement –, formé, enrichi. Pour Clavier, aussi perfide qu’Albion, il aura suffi d’une déclaration de Cameron1 et l’annonce d’un tapis rouge déroulé aux Français fortunés, pour que, sur un air de Promenade des Anglais, le Jacquouillon gaulois dise « Okayyyyy »/ et rapplique. Installé depuis quelques mois, Clavier s’est juré de parfaire son anglais. What else ?

Pour Depardieu (diou ?, on ne sait plous), le temps, l’expérience, les succès acquis ont fait de lui une marque, un label. Alors, peu importe qu’il parle les langues puisque, du Japon à Cuba, de l’Afrique à l’Asie Centrale, on s’adresse à lui, on sait se faire comprendre… en espèces sonnantes et trébuchantes. À 63 ans, son oreille est encore et plus que jamais attentive à ces sons mélodieux, comme de Funès l’était à celui des lingots d’or brassés au fond d’une coupe dans La Folie des grandeurs.

Et comme Gérard est, comme chacun sait, un grand affectif, plus on l’aime, plus on doit le lui prouver. C’est un continuel remake du Combien tu m’aimes, tourné avec Blier en 2004. Est-ce là chez lui pêché de gourmandise, cupidité, avarice ? Peu importe ! Et puis, que lui vaut de pêcher s’il n’a plus sa Gaule avec lui ? Car, pour gaulois qu’il soit, son peuple ne le suit plus depuis un bail, il s’est même détourné de son idole, faisant fi de celui qui faisait jadis la « une » du Time et qui, aujourd’hui, comme n’importe quel décérébré de la télé-réalité, ne fait plus que la « une » des tabloïds ou exceptionnellement de Libé, qui l’a astucieusement qualifié de « Manneken Fisc ».

Le plat pays qui n’est pas le sien

Car, en dépit des investissements réalisés un peu partout en France2 « Gros-Gégé », sobriquet donné par une poignée d’intimes qui se resserre comme l’anneau gastrique pressenti au prochain infarctus, après avoir sondé Algérie, Maroc, Italie, Cuba, Ouzbékistan, Kazakhstan et bien d’autres pays, a jeté son dévolu en terre de Néchin, à un petit kilomètre de Roubaix. Un havre de paix aussi morne que le « plat pays » qui, de surcroît, n’est pas le sien. A-t-il été aimanté par un château, un manoir, une maison de maître avec force dépendances et un parc démesuré ? Que nenni ! Le brave s’est entiché d’un grand bâtiment de douaniers, un peu isolé, donc… Tranquille comme bâtisse !

Aussi tranquille que les avantages fiscaux qui vont lui être octroyés, car la Belgique a depuis longtemps dit tintin au capital et ça n’est sûrement pas fortuit si des fortunes colossales comme Arnaud, Darty, Grimaldi, Tajan et (ça a failli) Halliday ont choisi d’y élire domicile.

Dire qu’au moment le plus aigu de la crise où toutes les catégories se saignent, une ex-gloire nationale devenue ogre est prête à manger tous les espoirs nourris en lui a quelque chose d’écoeurant. Allez, va, cours, vole et nous mange ! Bon appétit ! La politesse, ça compte aussi.

Alors, je reprends : Depardieu, ça fait combien ?

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