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Depardieu, cauchemar de riche – TAK.fr – 18 Décembre 2012

Article posté le 18 décembre 2012 sur le site TAK.fr : Depardieu, cauchemar de riche

Gérard Depardieu
Gérard Depardieu

Il aura suffi d’un mot : « minable », mot malheureux et majeur parce que prononcé par un Premier ministre pour que le héros de Germinal, mis en cause sur un mode non mineur, prenne sa plus belle plume et annonce à la République française qu’il lui rend et son passeport et sa carte Vitale. Comme eût dit Zézette (épouse X ou veuve Y) : « Eh ben, voilà ! C’est tout la Sécu, ça : ça rentre même plus dans les cases. »

Ainsi, Depardieu, le surdoué du septième art, voué aux gémonies, traqué par le pouvoir en place, serait aujourd’hui « incasable » et… sans papiers. Tout cela à cause d’un quiproquo, d’une erreur d’interprétation.

Quand Jean-Marc Ayrault, certes germaniste mais francophone surtout, dit : « Se mettre de l’autre côté de la frontière… Il y a quelque chose de, comment dirais-je, presque minable », une évidence saute aux yeux et aux oreilles. Dans son énervement, notre incorrigible Gégé n’a pas vu ou pas voulu voir que c’était plus l’action que l’homme qui était visée. Et ce « presque » ? Il atténuait le tout.

Et pourtant. Voilà qu’en un tournemain, Gégé, comme une jeune fille trompée qui, de rage, rendrait les clefs de l’appartement, de la Twingo et les cadeaux des jours heureux, nous rend tel Cyrano sa francité. Je cite : « Nous n’avons plus la même patrie, je suis un Européen, un citoyen du monde. Damned ! Quelle claque ! Et surtout quel quiproquo !

Depardieu selon Bigard

Bon, admettons. A l’instar de la chauve-souris, le gars Gégé, en fait, il n’avait pas le code. Littéraire, s’entend. Du coup, le mal est fait.

Bon, admettons, le gars Ayrault, on se dit qu’il va tenter d’expliquer mieux au gars Gégé. C’est comme avec Montebourg. D’un côté, il l’aime bien, de l’autre il le désavoue en public : ça fait partie des couacs du début de législature. Les Français, eux, sont déjà habitués à cet « hésitatisme », sorte de compromis entre le doute et l’étatisation.

Bon, c’est sûr, expliquer, c’est pas gagné, d’autant que la traque a commencé et qu’il a beau avoir le dos large, le gars Gégé, les chefs d’accusation portés contre lui commencent à peser. Lourd. Déjà, il est coupable selon Bartolone, patron de l’Assemblée nationale, de sarkozyte. Une sorte de maladie nerveuse qui fait que souvent il ne maîtrise rien. Et dérape. Et pas qu’en scooter. Et pas que bourré. Il voit juste pas clair et, du coup, il se dirige mal. S’il avait été GéGéPS, au moins, il aurait été bien guidé ! Mais bon, quand on choisit le mauvais camp, parfois, c’est ballot !

Bon, admettons, la proposition de loi socialiste, qui propose la déchéance de natalité à tous les exilés fiscaux qui ne s’acquitteraient pas de l’impôt, elle passe pas. Tatatata ! Ça, c’est même pratiquement acquis, puisqu’en des temps pas si lointains, le petit Nicolas S., Président en fonction, s’était vu débouter par le Conseil constitutionnel à propos de ladite déchéance de nationalité pour certains criminels naturalisés français. Ce qui veut dire que le gars Yann Galut, député socialiste inconnu jusqu’à ce qu’il nous ponde cette aberration, il n’a plus qu’à retourner dans son fief, le Cher, et donc y traquer d’autres Bourges.

Bon, admettons, Houellebecq, il décide à son tour de s’installer à Néchin. Parce que, pour l’instant, c’est un peu le principe des vases communicants, quand l’un sort du pays, l’autre y entre, c’est quand même un beau bordel, Valls, tes flux migratoires !

Y a qu’à voir, pour parler people, Eric-Emmanuel Schmitt, beaucoup plus discret depuis qu’il est citoyen belge et, en même temps, co-directeur à Paris du théâtre Rive-Gauche, qui en a parlé ? Alors que Gégé… Eh oui, avec lui, on touche à l’icône. A l’instar du Christ qui rendait la vue aux aveugles, multipliait les pains et s’arrangeait via sa com’, donc ses Apôtres, pour que tout le monde soit vite au courant, ça, c’était du marketing, mais ça, c’était avant. Eh ben, le gars Gégé, c’est pareil, ses moindres dires, ses moindres cascades en moto, ses moindres déclarations suscitent d’emblée l’intérêt, font parfois même sens ou débat. Ou les deux.

C’est le gars, il fait ce qu’il veut, quand il veut, avec qui il veut et où il veut. Ou presque. Parce que, concernant Néchin, faut savoir qu’il y a du monde sur le coup. Et au plus haut niveau. On parle même d’un risque d’annexion de l’Etat Français. Et là, moi je dis, attention au clash, il va falloir la jouer finaude, il faudra bien faire la synthèse avant de s’embarquer là-dessus. D’ailleurs, ça n’est peut-être pas un hasard si le gars Hollande, le Père de l’ »hésitatisme », est – comme dirait le génial Gaspard Proust – « peut-être, enfin à ce qui se dit, enfin à ce qu’il croit » en passe d’obtenir une renégociation des conventions fiscales avec la Belgique. Et, après Mittal, de nationaliser Gérard. A suivre. Mais l’Etat en a-t-il seulement les moyens ?

En bon vigneron avisé, Gégévéor a plus d’une idée dans son fût. Et des millions d’euros à rapatrier de Saint-Germain (pas le club, l’appart). Qui nous dit alors, malgré les conseils avisés de vieux briscards comme Sardou, Lelouch, qui encore ? Bon, pas Halliday, ça, c’est sûr, il a raté son examen d’entrée, Jojo, du coup, il reste en Suisse, remarquez, le chocolat n’est pas mauvais non plus. Qui nous dit qu’avec les 25 % de Français nantis qui peuplent déjà Néchin, le bourg ne devienne pas grâce à Gégé, un deuxième Saint-Trop’. M’est avis qu’il va y avoir bientôt du monde à son poste de douane. Et il faudra s’acquitter des droits de passage. Très élevés. Et il faudra montrer patte blanche. Pas gagné pour certains. Comme disait Fernand Raynaud : « Je fais un beau métier, je suis douanier. » Allo, Ayrault, pourquoi tu tousses ?

Bon, admettons, à l’instar de Benoît Hamon1, on l’exhorte à revenir, on lui offre des Barilla, on lui crie : « Reviens, Gégé, j’ai les mêmes à la maison ! » On tente le tout pour le tout.

Bon, comme Gégé aime bien tout ce qui est français, admettons qu’au fond c’est un gros affectif. Le Gégé, il réfléchit. Et puis tout de suite son font s’assombrit, se yeux se ferment, ses mains se joignent sur la grande table de ferme de la cuisine. Il se met à penser. Et là, le pire apparaît.

Les images défilent : il se figure déjà une Cécile Duflot prête à réquisitionner la bâtisse, un Fabius prêt à redessiner les frontières avec la Belgique, un Valls prêt à engager des pelleteuses contre les sans-papiers, donc contre lui. Il n’est pas encore belge, peu importe, il le deviendra. Et puis, qu’on lui fiche la paix. Il a, comme Danton, « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. »

Il se réveille. Ça n’était qu’un cauchemar. Cauchemar de riche… Oh ben oui !

Dimanche 16 décembre, dans C/politique sur France 5.

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