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Un Mittal, des mythos ! – TAK.fr – 8 décembre 2012

Article posté le 8 décembre 2012 sur le site TAK.fr : Un Mittal, des mythos !

Lakshmi Mittal, Indien vaut mieux que deux tu l’auras.

Lakshmi Mittal, Indien vaut mieux que deux tu l’auras.

Ils y croyaient dur comme fer, les métallos, quand, en 1999, le Sauveur indien arriva en Lorraine, les bras chargés de cadeaux et de promesses. Même Nadine Morano – Jeanne d’Arc régionale encore discrète à l’époque – n’avait pu s’empêcher d’acclamer l’arrivée de l’Emergent, avec cette verve et cet humour qui deviendraient légendaires : « Indien vaut mieux que deux tu l’auras. »

Mittal, avec la politesse qu’on lui connaît, esquissa un sourire, le même que celui qu’il affichait, étudiant, quand il venait vendre ses roses dans les restaurants parisiens pour des roupies de sansonnet, avant, success-story aidant, d’envoyer sur les roses et au tapis tous ceux qu’il rachèterait.

Mittal et Nicolas

Devenant en 2006 le n° 1 mondial de l’aciérie en mettant la main sur Arcelor, il avait aussi acquis le must de la culture française et, parodiant Louis XIV, s’adressa au Petit Président en ces termes : « Nous n’achetons pas des usines pour les fermer. » Le ton se voulait patelin et bienveillant.

Comme ils n’étaient que deux dans la pièce, Nicolas chercha à qui il s’adressait. Il chercha. Il fureta sans relâche, comme un pointer ou un braque à l’affût de la bécasse tirée, il ne laissa rien au hasard. La table, le guéridon comme le bureau furent inspectés. Comme il était tout petit, il se risqua même à glisser un œil sous le tapis. Las ! Il n’y avait personne, mais l’essentiel était que l’Indien fût bien traité – au moins aussi bien que le démocrate Kadhafi – et qu’il ne repartît pas chez lui, comme dans Lucky Luke, couvert de goudron et de plumes, même si l’Indien les affectionne, comme chacun sait. Pragmatique comme toujours, le Petit Nicolas, de son regard bleu acier, ne voyait qu’une chose : la promesse d’un essor industriel, la paix sociale et les emplois sauvegardés. « Cécilia, tu peux revenir, avec tout le métal que j’ai en stock, je vais pouvoir tout fondre en or, pensa-t-il.

Mytho !
Dès 2008, Mittal annonçait la fermeture de l’aciérie de Gandrange et mettait 595 métallos sur la paille – ce qui, on en conviendra, est moins rugueux en cas de chute, mais tout de même !

Ainsi les « Gueules jaunes » venaient-ils de se faire laminer par un homme de même couleur. Un comble. Sarko, qui avait fait de la fusion son crédo, se précipita sur le site et eut ces mots touchants : « Mais qu’est-ce qu’il a fait, “l’Indien dans la ville”, je comprends pas, moi j’ai vu le film, c’est pas du tout ça, la fin ! »

Emus et déjà résignés, les métallos lorrains, le cœur sur la main et l’émotion à peine contenue, voyant qu’il parlait avec peine – il bégayait presque et redoublait de tics nerveux – qu’il était certes responsable mais pas coupable, lui offrirent un casque, à quoi, toujours aussi maladroit, il répondit : « C’est gentil, mais je ne fume pas… mais je vais le mettre sur le bureau, en souvenir de vous, vous pour qui je ferraillerai sans relâche car vous êtes… » il n’eut pas le temps de finir, ils étaient tous partis. Ils gardèrent un souvenir de lui qui fut à la hauteur de ses résultats électoraux à la présidentielle. Il fut platement, sèchement battu. Le Lorrain n’est pas qu’un peintre célèbre, c’est aussi un mentaliste qui a bonne mémoire.

Mittal et François

Le locataire de l’Elysée changea. Moins agité, plus respectueux de l’Etranger, amateur de sushis après son régime Dukan, grand lecteur de mangas et surtout engagé volontaire avant la Présidentielle dans le dossier Florange, François Hollande commença déjà par envoyer le fusible Montebourg, histoire de tâter le terrain. Le grand malin fanfaronna en disant qu’on pouvait tout à fait se passer de l’Indien, qu’il avait déjà un repreneur qui pouvait mettre 400 millions d’euros sur la table, qu’il suffirait, pendant une courte période, de nationaliser.

Mytho !
Le mot était lâché. Depuis Jospin – devenu tristement célèbre par sa défaite en 2002 – personne n’avait osé prononcer le mot. On allait nationaliser. L’espoir renaissait au pays des hauts-fourneaux. Jusqu’à Geneviève de Fontenay, la « minée de Lorraine » qui, ayant perdu en appel son procès contre Endémol, implorait le ministre du Budget de nationaliser aussi son Comité, déjà nommé « Miss Nationale ». Monsieur Cahuzac était plus enclin à se taire qu’à intervenir. Et surtout à parler « gros sous ». Une affaire de chocolats suisses, son prétendu péché mignon, le mettait très mal à l’aise. Donc, dépenser encore, comment vous dites, nationaliser ? Nationaliser coûte cher, très cher.

Même Geneviève. Comme les hauts-fourneaux, elle a des années de services, elle n’est pas recyclable, elle rejette beaucoup de CO2, elle n’est pas stockable – déjà qu’on a dû aussi abandonner pour un temps indéterminé le projet Ulcos, mythos ! –, c’est un électron libre et, à la différence de Fessenheim, on ne peut pas la fermer, l’enfermer, pas même la lui faire fermer. C’est une constante de la région. Entre Morano, de Fontenay et Edouard Martin (mais lui, au moins, est respectable et respecté), le Lorrain est naturellement un haut-parleur !

Aujourd’hui, Mittal se frotte les mains, les emplois sont certes sauvegardés. Pour cinq ans. Et encore ? Mais, après Gondrange, peut-on encore croire Mittal ? Les métallos, à juste titre, demandent au gouvernement des comptes et des garanties, car ils ont l’impression d’avoir été trahis, lâchés ?

Alors, Mittal, mytho ? Les politiques, mythos ? Les métallos, lâchés ? Et maintenant, on lâche qui encore ? A cela, Montebourg, pour un temps désavoué, n’a qu’une réponse : « On Lashki, pardon, on lâche qui ? Mittal, bien sûr ! »

A bon repreneur, salut !

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