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Cassez ? Elle est free, elle a tout compris – TAK.fr – 28 Janvier 2013

Article posté le 28 Janvier 2013 sur le site TAK.fr : Cassez ? Elle est free, elle a tout compris

Libérez-nous de Florence Cassez !

Levée d’écrous annoncée pour une Française emprisonnée dans une geôle mexicaine depuis sept ans. Raison invoquée ? Vice de forme dans la procédure. On savait que vice et écrou étaient forcément liés mais à ce point…

Il aura fallu sept ans – un cycle, vous diront les experts – pour passer d’une condamnation à 96 ans de prison à une libération immédiate. Sans repasser par la case départ et sans toucher 20 000 francs comme jadis au Monopoly, mais bon…

Cette libération, c’est l’assurance pour notre nouvelle gloire française, Florence Cassez, de retrouver les siens, de vivre dans un climat tempéré, loin des chaleurs tropicales du Mexique, d’en finir avec les tacos, le guacamole, le chili con carne et, dans les grands moments de déprime, les Pepitos et la téquila. Quand on s’appelle Flo, on connaît la cuisine. Mais revenons aux faits.

Qu’est-ce qui a précipité la libération de la petite Béthunoise ? Car Florence est de Béthune, nobodys’perfect. Vous allez me dire, à l’instar de Molière : « Mais qu’allait-elle faire dans cette galère ? » À quoi j’oserai la question qui tue : « Connaissez-vous Béthune ? »

On peut, certes, comme moi et tant d’autres, avoir un attachement et une affection immodérés pour les Ch’tis. On peut aussi comprendre le besoin irrépressible de s’évader des brumes du Nord – même si Depardieu, Arno, Eric-Emmanuel Schmitt et tant d’autres fortunés affectionnent ce micro-climat. On revient toujours à ses origines. La preuve : à peine enfermée à Tepepan (quel nom pour une prison, nous au moins, on a La Santé, c’est quand même plus chic, non ?), elle a tout de suite émis le désir de retourner en France. Elle a mis sept ans pour être entendue. Mais les murs mexicains n’ont pas d’oreille.

Sarko sur écoute

Les murs français, oui. Sarko, qui voulait libérer toutes les femmes sauf les siennes, avait de grandes oreilles qui lui servaient d’antennes-relais. À l’instar de Fed Ex, il était prêt à tout, dès lors qu’il s’agissait de délivrer. Vite. Un message, une envie, des enfants à l’école de Neuilly, des infirmières bulgares en Libye, la Franco-Colombienne Betancourt, la journaliste Florence Aubenas, les ouvrières de Lejaby… Mais, l’usure du pouvoir aidant, il émit un jour d’énervement ordinaire un : « Vous commencer à me les casser, les filles ! »

Carla, discrète comme à son habitude, lui sussura : « Y a quelqu’un qui m’a dit… » Elle n’eut pas le temps de terminer. Fut coupée dans son élan par un « Oui, vous me les cassez de son irascible de mari. Comme elle n’était pas du genre à se démonter, la chirurgie ayant déjà fait son œuvre, elle fit un ultime effort vocal – quelques petits décibels supplémentaires – et, bombant la poitrine avant que la plastique n’explosât, dit : « Cassez, oui, Florence Cassez, au Mexique. » Et, dans un râle que seul Borloo, fâché alors avec le Président, pouvait traduire, elle s’évanouit. C’est le porte-parole – pour le coup, expression consacrée – qui entretint Sarko de l’affaire. Les conclusions ne se firent pas attendre.

« L’affaire est simple, je suis pas Hercule Poirot, mais ça, ça sent la soupe politique. Cette petite Cassez, elle a été victime d’un traquenard policier, y a eu un coup de filet médiatique, suivi en direct par des millions de Mexicains. Eh ben, tout ça, c’est du montage, du mauvais montage. » Deux mois après, les autorités mexicaines reconnaissaient les faits.

À l’Elysée, l’Excité exultait : « T’entends ça, Carlita ? C’est pour ça que je suis allé voir Calderon et que je lui ai dit : “Felipe, faut me la libérer, la petite. Et rapidamente ! Sinon, pas d’année du Mexique en France” ; ça lui a fait travailler le sombrero, crois-moi ! D’ailleurs, tu sais comment ils m’appellent, ses sbires ? “El Gringo” ! »
« – Parce que tu es un connaisseur, mon chéri », conclut Carla, qu’un rien amusait.

Sarkozy jubilait, faisait des bonds sur la chaise, le bureau, le pouf, la pouf et même le canapé. On aurait cru qu’il voulait, comme dans la publicité, tester la solidité du cuir. L’euphorie retomba vite, après la décision du gouvernement mexicain de se retirer de la manifestation.

Une décision qui ne leur porta chance ni à l’un ni à l’autre des Présidents, puisque tous deux furent battus. Les nouveaux prirent leurs fonctions. Les relations entre les deux pays s’apaisèrent.

Changement de régime

Après le régime Dukan du Président « normal », on pouvait craindre que la cuisine politique entre les deux nouveaux chefs souffrît de la comparaison. La sauce Hollandaise n’affecta en rien le palais du Mexicain qui était fin et onctueux comme notre bon François. Ils se lièrent d’amitié, les Républiques étaient apaisées. Parfois même, au téléphone, on dit qu’ils s’échangeaient leurs nouvelles recettes. Contre la crise, notamment.

Valérie, la nouvelle Première Dame, n’était pas en reste, qui tweetait en chantant Tweet dream. Du Annie Lennox revisité, un rêve !

Et c’est dans ce climat de belle douceur et d’union apaisée que Florence Cassez fut libérée. Les familles des victimes mexicaines apprécieront, elles qui virent partir et surtout ne jamais revenir leurs enfants.

Certes, Israël Vallarta, le compagnon de Florence au ranch, avait dès le début innocenté son amie. Mais quel crédit accorder à un truand reconnu ? Comment, dans un pays où la prise d’otages était devenu un sport national, le pouvoir politique d’alors et son bras armé, la Justice, avaient-ils voulu faire un exemple sans preuves avérées ? A un moment, on condamna Florence à 96 ans de détention. 96, et pourquoi pas 87 ou 135 ? Nous étions en plein Lucky Luke.

Comment aussi expliquer qu’elle n’ait jamais rien su des activités de son ex-compagnon ? Elle le croyait vendeur de voitures. Damned ! Cassez, c’est Sissi et Diana au Pays des Tacos. Par chance, lui croupit encore en prison, mais section Haute Sécurité. A chacun ses titres de noblesse. On le soupçonne d’avoir été à la tête d’un gang familial : le Zodiaque ? Est-ce un signe ? Pas vierge, en tout cas. Encore que… Si l’on s’en réfère à la journaliste française Anne Vigna, il n’y aurait pas de gang. Alors ? Tout cela ne serait pour finir qu’une affaire politique.

En clair, « l’affaire Cassez » risque de devenir « l’affaire Israel Vallarta » et surtout « l’affaire Garcia Luna », du nom de l’ex-dirigeant de la police judiciaire Mexicaine, promu par Calderon ministre de la Sécurité publique, reconnu aujourd’hui comme étant de ceux qui ont violé les droits de Florence Cassez.

Florence Cassez : otage, ô désespoir !

Puisqu’elle a été innocentée au Mexique, Florence Cassez entend bien aujourd’hui dire sa vérité aux Français. Elle le fait déjà. A peine débarquée. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle le fait bien. Elle occupe le terrain. Avec talent. Suivant un plan com’ savamment établi, qui met en valeur son avocat Franck Berton, le propulse parmi les ténors du barreau et la place, elle, comme centre d’intérêt momentané de la vie française.

Elle est de tous les JT, de tous les plateaux, elle parle sans discontinuer. C’est une logorrhée verbale commune à tous ceux qui ont connu le mutisme pendant des mois, des années. Elle parle. De son histoire, de la prison, du travail. Tiens, elle va jusqu’à dire qu’elle en cherche un… Rien ne semble l’arrêter. Peut-être que, forte de son expérience de l’enfermement, certaines chaînes averties lui proposeront l’animation d’une télé-réalité.

Peut-être y aura-t-il moult ouvrages autour de son histoire, un biopic< ? Qui sait ?Le buzz créé autour d’elle est incroyable, sans commune mesure avec une autre Florence : Aubenas. C’était une autre époque. Une autre classe aussi. On frise l’indigence et l’indécence. Ainsi va la société du spectacle.

Florence Cassez est libérée, tant mieux pour elle, tant mieux pour sa famille, tant mieux pour ses proches, mais combien de victimes d’erreurs judiciaires ont eu droit à un tel battage médiatique ? Les médias n’avaient-ils rien d’autre à se mettre sous la dent, à nous délivrer ? Nous n’en pouvons déjà plus, délivrez-nous, nous qui sommes devenus otages de ce non-événement. Profite, Florence, profite de cet espace de liberté qui vient de t’être donné, tu es libre, frei, free ! Florence, elle est free, elle a tout compris !

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