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Benoît cesse ! – TAK.fr – 13 Février 2013

Article posté le 13 Février 2013 sur le site TAK.fr : Benoît cesse !

Benoît XVI quittant la Chapelle Sixteen.

Il aura suffit d’un tweet1 pour que le Vatican d’abord, le monde entier ensuite, se trouvent en état de choc. Après la Truite de Schubert, place au Tweet de Ratzinger. Pas le même rythme.

Avant de devenir un pape immobile, avant de perdre la tête comme le roi Louis suivi du même numéro -– une malédiction, ce 16 ? –, notre Pape a annoncé qu’il prenait sa retraite le 28 février. Ca tombe bien, ça n’est pas une année bissextile. Lui sera donc épargné l’anniversaire de Michèle Morgan, l’ingrate qui ne lui a jamais dit, à l’instar de Gabin : « T’as de beaux Dieux, tu sais !

La malédiction du seize

Ainsi donc, nous aurons un nouveau chef à Pâques. Espérons juste qu’à l’instar des œufs, nous n’aurons pas à le chercher dans les jardins du Vatican, aux voies si impénétrables, autant que celles de Benoît d’ailleurs, qui a créé la surprise en démissionnant, ce qu’aucun pape n’a fait en sept siècles. D’ordinaire, les représentants de Dieu sur terre, si « liés » à l’au-delà ne prenaient jamais leur retraite. C’était un contrat tacite avec Dieu. Leur CDD ne s’achevait qu’avec l’annonce de leur décès.

Simple inversion des lettres : CDD=DCD. Le monde assistait à leur lente agonie (cf. Jean-Paul II) ou à leur disparition prématurée (comme son prédécesseur, dont tout le monde a oublié jusqu’à son prénom). Les temps changent, les papes aussi. Benoît XVI aura donc été le premier pape à revendiquer le droit au repos avant le grand sommeil. Gageons que ces huit années d’exercice lui auront donné suffisamment de points de retraite pour qu’il n’ait pas à tondre la pelouse ou à effectuer d’autres travaux au noir, comme certains de nos seniors.

A sa décharge, on peut dire qu’il l’aura bien méritée, cette retraite, car il aura bien ramé pour gouverner la barque de saint Pierre. Rome n’est pas Venise. Et Josef Ratzinger qui, rappelons-le, comme tous les blondinets allemands de l’époque, eut à faire ses classes dans les Jeunesses hitlériennes, aura plus travaillé le pas de l’oie que l’aviron. Comme quoi les exercices à terre et dans l’eau ne sont pas forcément compatibles. Sauf qu’ils inculquent de la rigueur. Avec une telle discipline il était normal qu’il finisse dans les Ordres, même si quelques-unes de ses décisions auront fait plutôt désordre dans l’Eglise : la levée de l’excommunication de certains évêques intégristes, la remise en selle d’un certain Richard Williamson, négationniste de la Shoah, la critique de la distribution de préservatifs en Afrique, l’attitude très laxiste à l’égard des prêtres pédophiles, le Vatileaks générant tant de fuites que Benoît XVI en devenait liquide à la fin….

Trouver le successeur de Benoît

On comprend mieux l’expression « être dans le pétrin » quand on l’entend dire : « Mes forces ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. » Et comble, de plus, le Boulanger Suprême n’a pas de femme. N’a jamais pu en avoir. Ou n’en a jamais voulu. Et c’est là que le bât (bas ?) blesse. Va-t-il enfin s’ouvrir au sexe opposé, lui qui voue une aversion pour l’homosexualité ? Va-t-il vouloir prendre épouse, lier simplement amitié avec le sexe opposé ? Que nenni ! Toujours cette psycho-rigidité ! Aux plaisirs frivoles, Benoît n’aura eu de cesse de privilégier l’ascèse (encore 16 !). Dans de récentes confessions intimes, il ne nous parle que de prière, d’étude, d’écriture à venir. Reclus, cette fois, dans une aile du Vatican. Alors, finis les palais, les suites, les ors, dorures et belles peintures de la chapelle Sixtine (homonyme de Sixteen : 16, décidément !). Exit la papamobile blindée. Après la cage de verre, Benoît – ou plutôt Josef, car il n’est pas dit qu’une fois le rôle rempli, le costume rendu à la Costumerie du Vatican, on ne lui redonne son seul patronyme – risque de se voir enfermé, seul, dans une tour d’ivoire avec ses grimoires, ses vieilles bibles, ses parchemins et, pour ses loisirs, ses mots fléchés et autres Sudoku.

Après lui, le déluge ?

Aujourd’hui, il est évidemment question de la succession. Dans sa grande bonté, Benoît XVI aura libéré un poste, ce qui est une manne appréciable en ces temps de crise. Mario Monti (le M&M de la politique) s’en félicite.

Mais les chercheurs de têtes de l’Eglise qui vont s’enfermer en conclave dans la Chapelle sus-nommée auront fort à faire face à tous ces postulants venus de tous horizons et de tous pays. Et même de continents. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous aurons – peut-être – un pape nouveau plus jeune et donc moins incontinent que les autres. Pour éviter les fuites. Comme il se voit actuellement remonter dans les sondages, qu’il se pense relativement jeune pour un Pape et que le magistère de la foi, dans son côté « bling-bling » est tout à fait dans ses cordes, même s’il n’a pas eu l’heur de le pratiquer avant, entre foot, télé, politique – vous savez ce que c’est, Benoît, on ne peut pas « être au foot et aux putains »2 – il n’est pas impossible que le Cavaliere soit candidat au Saint-Siège. Il faudra juste lui préciser que le célibat en est la condition sine qua non. Sauf si, entraîné par la vague du « Mariage pour tous », le Vatican ne cède à ces nouvelles exigences. Il y aura bien une Frigide Barjot locale dans ses « bunga-bunga » passées pour lui redonner ce supplément d’âme qui lui a tant fait défaut en politique, pour ramener les brebis à l’Eglise. Qui peut imaginer Berlusconi en berger ? A part lui. Endossera-t-il ce nouveau costume ? Ses implants laqués supporteront-ils la calotte ? Et ce blanc partout… Certes, il aime l’idée de la virginité mais tout de même ! Et tous ces hommes en rouge ! D’accord, ça fait une touche de couleur mais tout de même… La décision incombe à présent aux cardinaux. Pourvu qu’ils ne perdent pas le Nord ! Car cette fois, ce n’est pas seulement le Vatican, l’Italie mais le monde entier qui risque d’être déboussolé…

  1. « Benoît cesse », titre emprunté à l’excellent Philippe Besson dans un tweet (Rendons à Besson ce qui appartient à Besson, j’ai essayé d’autres formules, celle-là est, pour moi, la meilleure).
  2. Expression italienne librement traduite du français « être au four et au moulin ».

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