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L’essentiel est de faire rire dans l’élégance – Paroles d’actu – 10 février 2013

Interview postée le 10 Février 2013 sur le site Paroles d’actu : Patrick Adler : L’essentiel est de faire rire dans l’élégance.

Être prof d’allemand mène à tout, semble-t-il. Il en est qui deviennent Premier ministre. D’autres, de talentueux humoristes. Bon, pour être franc, je n’ai qu’un exemple en tête pour chacune de ces catégories. Pas de généralisation ni d’amalgame… pas de polémique ! En 1989, Patrick Adler quitte le monde de l’éducation nationale pour celui, a priori plus exaltant, plus fou, plus fun… du Music-Hall. Depuis, il a tracé sa voie. Libre ! Il est un imitateur, un humoriste de grande qualité. Un auteur authentique… qui n’a pas l’intention de se laisser enfermer dans telle ou telle case ! On l’a beaucoup vu dans les médias dans les années 90. Moins depuis… Mais qu’on se le dise : Patrick Adler est toujours là, il continue son bonhomme de chemin, accompagné d’un public fidèle. Il a, plus que jamais, des projets plein la tête. Son univers du moment, à l’heure de nos contacts, c’est un cabaret. Demain, une nouvelle aventure… Un grand merci cher Patrick Adler pour vos réponses généreuses, parfois mordantes, souvent empreintes de tendresse. Le texte est agrémenté de vidéos que j’ai souhaité inclure pour vous permettre, chers lecteurs, de joindre le son et l’image à cette lecture qui, je l’espère, vous intéressera. Bonne (re)découverte ! Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

Patrick Adler

Questions envoyées le : 07/02/13

Réponses reçues le : 10/02/13

Paroles d’Actu : Bonjour Patrick Adler. (…) On apprend sur votre bio en ligne que vous avez fait votre propre révolution en 1989, deux siècles après la grande. Envoyant valser études et enseignement pour le monde déjanté du Music-Hall. Quel regard le Patrick de 2013 porte-t-il sur ce jeune fou qu’il était il y a (presque !) un quart de siècle ? ;-)

Patrick Adler : Je porte un regard amusé et très distancié sur mes débuts. Passer de la petite estrade à la grande scène n’a pas été si simple, je n’y étais pas préparé. J’étais, comme tout bon prof qui se respecte (j’enseignais l’allemand en lycée à des futurs bacheliers) formaté : préparation des cours, correction de copies, cours, conseils de classe et… direction de colonies pendant les vacances scolaires. Il n’y avait pas trop de place pour la fantaisie, à part le week-end, où j’animais déjà des soirées en discothèque.

En arrivant dans le monde du Music’Hall, en dépit de la rigueur qu’il faut avoir pour tenir sur scène – il faut, à l’instar des sportifs, une certaine hygiène de vie – il y avait de grandes plages libres, ce qui a pu un temps me déstabiliser mais rapidement, j’ai trouvé à m’occuper (écriture, cours de chant lyrique, sport).

PdA : On vous connaît surtout pour vos imitations. Comment est-ce que tout cela a commencé ?

P.A. : Il aura suffi d’une missive – paraît-il amusante et bien tournée – à Michel Drucker, accompagnée d’une cassette (c’était au siècle dernier, en 1989) pour que, d’emblée, l’intérêt soit suscité. Apparemment, personne alors ne s’était engouffré dans cette brèche : j’étais et reste encore un des rares imitateurs à tenir les voix féminines.

PdA : Vous maîtrisez de nombreux personnages. Quelles sont, parmi vos interprétations, celles pour lesquelles vous avez une tendresse particulière ? Pourquoi ?

P.A. : J’ai évidemment une tendresse particulière pour mes « femmes » : Zézette, qui est une sorte de Candide, au bon sens populaire, Barbara, à qui je voue une admiration sans bornes, Véronique Sanson, qui m’émeut souvent. Je ne délaisse pas pour autant mes « hommes » : Benoît Poelvoorde pour ses excès qui traduisent une certaine fragilité, voire une fêlure, Dominique Besnéhard dont l’indolence et le chuintement m’amusent, d’Ormesson pour son éternelle jeunesse et bien d’autres…

PdA : Comment vous y prenez-vous, typiquement, pour acquérir la voix d’une célébrité ?

P.A. : Il n’y a pas de recettes pour imiter, ça se saurait ! Les voix que je choisis de « travailler » sont, d’une, fonction de l’actu – je fais rarement les morts -, secundo, fonction de ma tessiture. Étant dans le registre « ténor », j’aurais beaucoup de mal à imiter des voix très graves. Je suis en revanche spécialisé dans les voix dites « cassées » ou simplement « voilées » (Adamo, Lenorman, Eicher, Pacôme, Jeanne Moreau, Régis Laspalès,… pour ne citer qu’eux).

PdA : Il y a, j’imagine, des gens plus faciles à imiter que d’autres…

P.A. : Il y a des voix qui, en fonction de ma tessiture, sont facilement imitables. Ce fut le cas de Claude Piéplu qui, une fois parti de ce monde, a laissé place à Maria Pacôme par le biais d’une différente intonation. Zézette fut aussi une évidence, comme Tina Turner, Bonnie Tyler, Lana del Rey qui sont, apparemment spectaculaires pour le public et d’une désarmante simplicité pour moi. J’ai eu, curieusement, plus de difficultés à trouver un angle pour l’ex-première Dame de France que pour Zucchero. Allez comprendre lol !

PdA : Comment les « croqués » réagissent-ils, en général ? Vous avez des retours ?

P.A. : Je n’ai pas toujours des « retours » à proprement parler. Imiter une célébrité, c’est déjà la consacrer. Quand Chantal Ladesou – que j’imitais déjà quand nous étions en tournée sur la pièce de Jean-François Champion « Ainsi soit-il« , mise en scène par Jean-Luc Moreau – devient aujourd’hui une de mes cibles, c’est parce qu’elle est devenue une incontournable dans la comédie. Elle adore cela car elle a beaucoup d’humour. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à l’imiter. Liane Foly s’y emploie aussi. Et même les travestis de chez Michou l’ont inscrite dans leur nouveau tour. Dominique Besnéhard est fan, Marie-Anne Chazel – la première à avoir interprété Zézette – aussi. Maria Pacôme, Anémone sont plus dubitatives. Véronique Sanson, Vanessa Paradis un peu gênées. Je reconnais qu’il n’est pas simple de voir son « double ». Les autres ne se sont pas encore prononcés.

PdA : Avez-vous eu à regretter telle ou telle imitation qui aurait pu, en son temps, blesser la personne concernée ?

P.A. : Je n’ai pas l’impression d’avoir blessé qui que ce soit dans mes spectacles, donc… La seule limite que je m’impose est l’attaque sur la vie privée.

Pour le reste, je m’autorise beaucoup de libertés (ton, gestuelle). L’essentiel est que cela fasse rire. Dans l’élégance.

Patrick Adler imite Zézette

PdA : La France vous a découvert chez Drucker, vous avez été élève de la Classe, chroniqueur avec Ruquier… Outre vos one-man shows, il y a eu des pièces de théâtre et quelques passages sur les écrans. Quels ont été, pour vous, les grands moments, les rencontres décisives de votre carrière jusqu’ici ?

P.A. : Ma rencontre décisive a été le 14 février 1989, celle de Michel Drucker, ce fut mon premier « Champs-Elysées ». Il y eut ensuite Laure Chaubaroux, programmatrice de feu « La Classe », puis Patrice Laffont  dans « les Bons Génies », sans oublier mes amies « les Vamps » qui m’ont accordé de faire l’Olympia en 1ère partie de leurs « adieux »en 1991/92 et un an de tournée dans les plus grandes salles de France, Belgique et Suisse. Un grand merci aussi à Hélène Ségara qui a réitéré ce cadeau en 2002/2003, avec le Palais des Sports de Paris en sus. J’éprouve avec le temps un certain regret d’avoir quitté Gérard Louvin, de ne pas l’avoir écouté assez à l’époque. Je refusais de « faire de la politique » alors qu’aujourd’hui j’écris des papiers dans un blog politique (Tak.fr) et je parle politique dans mes spectacles. On n’évolue pas tous à la même vitesse !

PdA : On vous voit beaucoup moins dans les médias traditionnels en ce moment. Si vous voulez mon avis – même si vous ne le voulez pas, je vous le donne – je trouve ça regrettable. Je ne vais pas vous demander de dire du mal de vos petits camarades, les Canteloup & cie, mais plutôt de me dire si la télé vous manque à l’heure d’internet ?

P.A. : La télé ne me manque pas, la radio, en revanche, oui. Il y a une liberté de ton que j’aimerais retrouver mais l’heure est un peu au « jeunisme ».

Chaque antenne est à la recherche de « nouveaux talents ». C’est tout à fait légitime. personnellement, je m’inscrirais plus, si j’étais Directeur des Programmes ou simple Programmateur dans la « mixité des talents », la rencontre inter-générationnelle. Nous avons tous à apprendre les uns des autres.

Ce combat des « Anciens et des Modernes », clivant, est un combat d’arrière-garde mais il n’est pas impossible que le rire soit générationnel, comme disait feu Michel Serrault car je ne me reconnais pas beaucoup dans l’humour ado de certains confrères (Kev Adams, Max Boublil…). En revanche, je salue l’arrivée de nouveaux talents comme le Comte de Bouderbala, Gaspard Proust, Rudy Milstein, Nicole Ferroni, les Lascars Gays.

Je n’ai pas d’avis sur mes collègues imitateurs : j’aime profondément Laurent Gerra, qui est un ami. Je trouve Canteloup talentueux en radio , moins sur scène (trop indolent, pour moi). J’apprécie le surdoué Michael Grégorio, mais il s’inscrit plus dans la performance d’un André-Philippe Gagnon, moins dans l’humour. Gustin suit gentiment son chemin avec des textes très lisses, à son image. Je préfère de loin la corrosion d’un Gerra. Moi-même, je suis monté en gamme et fais davantage grincer les dents depuis quelques années.

PdA : Patrick Adler, ce sont des voix… mais aussi des textes ! Je pense à ceux de vos spectacles évidemment, mais aussi à ceux, remarquables, de vos billets (et j’aime autant le dire à nos lecteurs pour leur donner envie de les découvrir, vous ne mâchez pas vos mots). Où puisez-vous votre inspiration ? Qu’est-ce qui, dans la vie, dans le monde, vous donne envie de réagir, de prendre la plume ? (Bon, d’accord, le clavier…)

P.A. : Je suis un fou de l’actu. Donc, je puise dans les journaux toute mon inspiration. Et il y a de quoi faire !

PdA : « L’accouchement, c’est maintenant !« , ou plutôt à partir de septembre, à Paris. Parlez-nous de ce bébé ?

P.A. : Je voulais donner une fin élégante à mon personnage fétiche : Zézette. En voyant les affiches de la campagne de François Hollande, m’est venu le titre de mon prochain Opus : « L’Accouchement, c’est maintenant ! ». En gros, ce sera un peu, pour paraphraser Woody Allen, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’accouchement sans jamais oser le demander ». Une mise bas en 60 à 80 voix parlées et chantées. Ce sera sans doute mon dernier one-man show car j’aspire de plus en plus à travailler en équipe, à refaire de la radio, mais aussi à continuer de mener la revue en cabaret, à tourner pour le cinéma et la télévision.

La retraite, ça n’est pas pour demain car j’ai un projet par heure ! lol

PdA : En attendant, il y a toujours « Même pas changé ?!« , votre show adapté en permanence à l’actualité. Une formule gagnante, et de beaux moments avec le public, j’imagine…

P.A. : En attendant que le spectacle voie le jour, je peaufine en fonction de l’actu « Même pas changé ?! » et m’amuse encore beaucoup.

PdA : Où pourra-t-on vous applaudir prochainement ?

P.A. : On ira m’applaudir à Paris en septembre 2013… mais rien n’est signé, donc vous en saurez plus en consultant mon site www.patrick-adler.com.

PdA : Sans transition, une question totalement décalée mais que j’aime bien poser à mes invités du monde culturel. J’espère qu’elle vous amusera, vous avez déjà joué en costume, après tout. Imaginons donc que la DeLorean d’un type un peu fou surnommé « Doc » permette réellement de voyager dans le temps et dans l’espace. Chaque personne a droit à un voyage, un seul. Aller-retour, ou aller simple. Où elle veut, à l’époque de son choix. Quel est le vôtre ?

P.A. : Je m’inscris bien dans mon temps, donc je n’ai aucune nostalgie et me retourne rarement sur le passé, alors que -contradiction oblige – j’adore l’Histoire, mais notre époque me convient bien. Pas de voyage interstellaire me concernant. Peut-être un Aller-retour Paris-New York car j’aime éperdument cette ville, comme Mahdia, mon lieu de villégiature préféré en Tunisie. J’y écris avec bonheur.

PdA : Allez, on revient sur la terre ferme… Quoique… ? Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

P.A. : J’espère surtout refaire de la radio et continuer à travailler comme je le fais depuis 23 ans.

PdA : Aimeriez-vous adresser un message à nos lecteurs, à ce public qui vous suit et vous aime depuis des anneés ? Que peut-on vous souhaiter, cher Patrick Adler ?

P.A. : Je n’ai aucun message à distiller, je ne suis pas « leader d’opinion ». Je souhaite juste conserver et élargir ce public, si enthousiaste et participatif, à mes spectacles !

PdA : Un dernier mot, pour conclure ? Merci infiniment !

P.A. : Merci à vous de m’avoir laissé cet espace de liberté. A très bientôt. Je vous embrasse.
Patrick Adler sur scène

C’est moi qui vous remercie, cher Patrick Adler. Merci pour votre générosité, bravo pour votre talent, pour votre travail. Quant aux souhaits que vous formulez, j’espère de tout coeur qu’ils se concrétiseront. Si un responsable de radio lit ces quelques lignes… Merci à vous ! Phil Defer

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