•  
  •  

« Splash », corvée de plonge – TAK.fr – 19 Février 2013

Article posté le 19 Février 2013 sur le site TAK.fr : « Splash », corvée de plonge.

« Splash », corvée de plonge

Après les frasques de notre Gégé national, la guerre au Mali, la démission de Benoit XVI, le mariage pour tous, on était en droit de se demander quel événement majeur attirerait notre attention dans les semaines à venir. La baisse de régime de l’exécutif français  après l’épisode malien ? Trop prévisible ! Les plans sociaux, les coupes sérieuses dans les allocutions familiales et les retraites, mesure préconisée par la Cour des Comptes, les économies supplémentaires demandées à chaque ministère n’allaient pas tarder à s’inviter dans les débats. Rien de passionnant !

Crise, austérité, rigueur, bientôt récession, le bon peuple de France entend ces mots depuis des décennies, quel que soit le parti en place. La résignation s’est installée. Comme le repli sur soi. On consomme moins, on sort moins, les théâtres Parisiens, par exemple, vivent depuis septembre 2012 leur pire saison avec une fréquentation en chute libre.

La presse ? Même combat. Des journaux respectables comme Le Parisien en sont réduits à faire leur  »une » sur le soi-disant brûlot couplé de Johnny Halliday et Amanda Sthers – avec réponse immédiate de la bergère Adeline au berger Jojo. C’est dire si l’os à ronger est spongieux. Les règlements de compte sur fond de « je t’aime, moi non plus » attireront peut-être quelques fans, et encore…! Alors, me direz-vous ? « Heureusement, il y a… » Findus ? Même pas, puisque la marque est aujourd’hui touchée de plein fouet par un cheval inapproprié. Si on ne peut même plus faire confiance à ce qu’on nous sert dans l’assiette ! Alors, la passivité nous gagnant, la zapette à la main, c’est cette bonne vieille télé, dont la redevance a encore augmenté, qui va nourrir ou pourrir notre cortex. C’est selon. Ou vous êtes adepte du cynique Patrick Le Lay qui ne nous perçoit qu’en mode lobotomisé, donc prêts à recevoir et absorber tout message publicitaire, ou vous avez tendance à penser qu’on a encore et toujours la liberté d’éteindre , de changer de chaîne, de sortir, de passer à autre chose.

Rendons hommage au service public, qui a fait le choix courageux de nous servir moins de pub. Et, par là même, de gagner moins d’espace, moins d’argent. Pour les autres chaînes, les commerciales, les privées, c’est une aubaine. TF1, pour ne citer qu’elle, se frotte les mains. Elle sort aujourd’hui la tête de l’eau. Après un effritement continu de son audience les mois précédents, la courbe s’est enfin inversée. Elle récupère des parts de marché. Tout baigne ! Sa dernière pépite, nommée « Splash » – ça sonne bon l’onomatopée aquatique – va lui faire prendre encore de la hauteur.

Qui veut gagner des couillons ?

Au Grand Jeu du Couillon à pêcher, TF1, suivie parfois de M6 et régulièrement maintenant de NRJ/12 détient depuis longtemps la palme. Après un « Danse avec les stars » presque « glamour », en dépit d’un présentateur lisse et coincé, de quelques candidats beaufisés  mais fleurant bon la première chaîne européenne, on a remisé les jolis costumes, les spencers, les smokings, les robes longues, les paillettes et autres falbalas à la costumerie. L’heure est désormais au dépouillement. Ainsi c’est presque dans le plus simple appareil que les futurs candidats vont nous être présentés. Des « people » triés sur le volet, qui vous et se surprendront en plongeant de 3, 5, 9, 10 mètres.

Seront-ils à la hauteur ? Il le faudra bien. Tout a été prévu : des heures, des journées de préparation. Et plouf, le grand plongeon ! A la sortie, il parait qu’on y gagne des galons. Un peu de presse, de promo, l’assurance – ou pas – de vendre plus de disques, de livres, de places au concert, au théâtre. C’est, d’emblée, beaucoup plus rentable que Fort-Boyard où vous êtes tout de suite dans le bain. Sans entrainement. Sans salaire, non plus. Simplement par goût de l’épreuve, du sport et au profit seulement d’associations caritatives.

A la plonge sont nommés

Au casting de « Splash », quelques sportifs, dont certains ont déjà éprouvé la télé-réalité, des gloires éphémères mêlées à de vieilles gloires, rien de vraiment palpitant. On retrouve les profils du « Loft », de « La ferme Célébrités » et autres niaiseries dont on pensait être débarrassé depuis l’arrivée, tout aussi navrante, des séries-réalité (cf « Les Ch’tis à Las Vegas », « Hollywood girls » et maintenant « Yolo »), dont la vacuité et le racolage peuvent légitimement donner la nausée. Dans le jury, de vraies gloires « palmées » et jeunes retraitées des bassins : Laure Manaudou, qui surveille le sien – elle est à nouveau enceinte – et Muriel Hermine, entrée depuis peu dans le celui de l’événementiel et du coaching. Elles sont, avec les maîtres-plongeurs, les seuls crédits apportés à l’émission.

Les Jurés, comme les candidats n’ont pas souhaité en dire plus, sauf en « off ». Par respect pour eux, aucune somme exacte ne sera donnée. Je me contenterai juste de dire que ça n’est pas la crise pour tout le monde. Certes, d’aucuns argueront que « Splash » les a forcés à aller au bout d’eux-mêmes. Voire de se dépasser. Ainsi la pervenche préférée des Français, Danièle Evenou, l’a-t-elle « verbalisé », si je puis dire. A presque 70 printemps, Danièle, qui a une sainte horreur de l’eau, nous dit avoir combattu sa phobie. A la clef, une prestation hallucinante. En trois temps, trois unités, comme au théâtre. 3 mètres, puis 5 mètres, puis… vestiaire. Gros plan sur le maillot une-pièce et la silhouette gracile, presque pas retouchée (sic) de la presque septuagénaire. Les mamies ne lui disent pas merci. Dans un genre très différent mais tout aussi hallucinant, la blonde Eve Angeli, que l’eau empêche au moins de parler, se joue des Tartuffes en ne cachant pas le bout de sein qui dépasse du maillot .Les caméras ont bien pointé ce moment-là, pensant créer le buzz sur Internet, oubliant juste que nombre d’ados, voire de pré-ados en ont vu d’autres et en grand format sur des sites qui ne leur sont pas à priori destinés mais dont ils raffolent.

Comment se jeter à l’eau

Pour nous préparer à cette immersion, dont on pouvait secrètement espérer – pour rester dans le thème –, un « bouillon » médiatique, rien ne nous aura été épargné : spots publicitaires savamment distillés, un teasing bien travaillé, du rédactionnel à foison, on ira même jusqu’à insérer petit plongeoir, grande flaque et le « Splash » générique dans un tout petit coin de l’écran, petite animation anodine qui apparaîtra régulièrement dans tous les programmes , histoire de bien nous préparer à l’événement. Et ça va marcher !

Reconnaissons à TF1 ce nez, cette prescience d’avoir cru en « Splash » et d’avoir généré en si peu de temps autant d’accrocs au bassin : plus de 6 millions de personnes ont plongé. Ont suivi de bout en bout cette vacuité. A-t-on pour autant touché le fond ? A défaut d’être solide, on en deviendrait liquide en voyant de tels chiffres le lendemain de la diffusion. Les cabales sur les réseaux sociaux et autres boycotts sur des blogs auront eu beau de dénoncer le trash de « Splash ! », ça marche. On nage en pleine absurdité.
Il est des jours où l’on a envie de jeter la télé avec l’eau du bain. De se dire qu’il vaut mieux sortir. Au théâtre, par exemple. Voir Hélène Vincent dans « Ital L., née Goldfeld » texte sublime d’Eric Zenatucci au Petit Saint-Martin où, seule en scène, éblouissante de dignité, d’émotion, nous la suivons, aimantés que nous sommes, jusqu’à retenir notre respiration. Nous sommes en quasi- apnée. C’est un autre bain que celui proposé par les acteurs de « Splash ». Découvrir d’autres pépites théâtrales comme « Le chemin des passes dangereuses » à l’Archipel ou le poétique « Porteur d’histoires » au Studio des Champs-Elysées, c’est accepté d’être éclaboussé par le génie d’auteurs, d’interprètes merveilleux qui se jettent à l’eau une à deux heures durant, pour beaucoup moins d’argent mais beaucoup plus de talent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*